lundi 28 janvier 2013

Décès de Bernard Dhéran

Après Daniel Gall, Jean Topart et Perrette Pradier, c'est une autre "légende" du doublage qui nous quitte: Bernard Dhéran est décédé hier matin à 86 ans à Marrakech où il avait une résidence secondaire.

Ancien sociétaire de la Comédie-Française, Bernard Dhéran était une figure du théâtre classique, mais aussi du boulevard. Souvent "casté" dans des rôles d'aristocrates péremptoires, il aimait beaucoup surprendre son public, comme en acceptant il y a quelques années de jouer dans Toc Toc de Laurent Baffie un homme atteint du syndrome Gilles de la Tourette. La pièce connut un immense succès, jouée plusieurs fois à Paris et télédiffusée. 

Au doublage, sa voix chaude et élégante faisait merveille sur des acteurs de grande classe, pour la plupart britanniques: David Niven (Bonjour Tristesse), Michael Caine (Un pont trop loin), Anthony Hopkins (dans ses films en costume comme Le Masque de Zorro), Christopher Plummer (Le Nouveau Monde), Ian McKellen (X-Men), Christopher Lee (Star Wars). Depuis quelques années il avait aussi repris le doublage de la plupart des acteurs autrefois doublés par Jean-Claude Michel comme Sean Connery (A la rencontre de Forrester) ou Leslie Nielsen (Scary Movie 3 et 4).

Il avait écrit une autiobiographie au titre particulièrement long, Je vais avoir l'honneur et l'ineffable jouissance, chers vieux abonnés de la Comédie-Française, chers lecteurs, d'aiguiser ma plume d'oie et de vous asséner avec tendresse quelques truculentes histoires vécues au cours des tribulations d'un comédien ordinaire du roy et de la république, pleine de souvenirs réjouissants, et illustrée par de nombreuses photographies.

En hommage, je vous propose trois liens:

L'excellent hommage de la critique de théâtre du Figaro Armelle Héliot:
http://www.lefigaro.fr/culture/2013/01/27/03004-20130127ARTFIG00143-bernard-dheran-l-elegance-du-comedien.php  

Une interview de Bernard Dhéran que j'avais réalisée il y a quatre ans avec François Justamand pour La Gazette du Doublage:
http://www.objectif-cinema.com/spip.php?article5177

Une compilation de voix réalisée par Le Monde du Doublage Français:
https://www.facebook.com/photo.php?v=1536787914970



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dimanche 20 janvier 2013

Décès de Perrette Pradier

Perrette Pradier nous a quittés dans la nuit de mardi à mercredi à 74 ans des suites d'une crise cardiaque a-t-on appris  par l'AFP. Une figure incontournable pour les téléspectateurs des années 60-80, la terrorisante voix de Madame Medusa et de nombreuses autres "sorcières" animées pour plusieurs générations d'enfants, ou simplement "P.P." pour ses amis, nombreux à lui rendre hommage sur les réseaux sociaux. Des fleurs jaunes, ses préférées, en hommage à une comédienne hors du commun...

Perrette Pradier naît le 17 avril 1938 à Hanoï (Indochine). Après avoir suivi des cours d'esthétique et de manucure, elle s'inscrit à un cours de théâtre puis étudie au Conservatoire National Supérieur d'Art Dramatique (après avoir réussi le concours d'entrée), où elle participe à une tournée de la Comédie-Française. L'une des premières pièces qu'elle joue sur les boulevards, Boeing Boeing de Marc Camoletti, rencontre un succès phénoménal et sera adaptée dans de nombreux pays (il s'agit de la pièce française la plus jouée dans le monde) et au cinéma (avec Jerry Lewis et Tony Curtis). Remarquée pour sa beauté éblouissante et son talent, elle devient rapidement une jeune première à la mode, interprétant aussi bien des rôles de soubrettes ingénues que de femmes fatales. Au cinéma, Les Trois Mousquetaires de Bernard Borderie (la belle Constance Bonacieux), La Chambre ardente de Duvivier (avec Jean-Claude Brialy), Furia à Bahia pour OSS117 d'André Hunebelle, etc. Au théâtre: principalement des classiques avec une collaboration fidèle avec le metteur en scène et comédien Jean Meyer. A la télévision, beaucoup de "dramatiques", feuilletons, et bien sûr les émissions Au théâtre ce soir dont elle est l'une des principales "sociétaires". Par son statut de "starlette", elle est régulièrement interviewée par la télévision ou la presse, parfois pour parler de tout (couture, animaux) sauf de son métier de comédienne. Surfant sur son succès, Philips sort même un disque Danse Party chez Perrette Pradier, compilation de chansons et instrumentaux qu'elle recommande pour des soirées dansantes.

En dehors des planches et des plateaux de tournage, Perrette Pradier est remarquée dans la vie de tous les jours pour son humour et son sens de la répartie, capable de raconter les pires horreurs avec un naturel déconcertant. Ces qualités vont lui permettre d'être invitée dans de nombreuses émissions de divertissement en direct comme Les Jeux de 20 heures dans les années 70 ou L'Académie des 9 dans les années 80, où elle est remarquée par le grand public.

P. Pradier et B. Woringer dans Les amours de Paris
C'est Roger Carel qui lui montre la direction des studios de doublage, comme il me l'a raconté: "Nous jouions avec Michel Serrault "Monsieur Dodd" (1966) au Théâtre des Variétés. Elle m'a demandé que je la présente à des studios de doublage et je l'ai amenée à la SND où les films de la Fox étaient doublés. Michel Gast et Jenny Gérard la connaissaient déjà comme comédienne et lui ont fait passer des essais. Elle a tout de suite été brillante et on lui a rapidement confié des rôles importants. C'était une très bonne et très belle comédienne et j'avais le bonheur d'être parmi ses fidèles amis. On s'appelait mutuellement Thérèse Panier et Rosie Carel depuis qu'une jeune standardiste de la SND, devenue des années plus tard speakerine à Radio Alger, nous avait nommés ainsi par erreur. J'ai beaucoup de chagrin...". Glenda Jackson (Marie Stuart, reine d'Ecosse), Faye Dunawaye (Les Trois Mousquetaires), Diane Keaton (Woody et les Robots), Jacqueline Bisset (Monsieur St. Ives): autant de grandes actrices, séduisantes, et de fort tempérament à qui elle prête sa voix avec beaucoup de classe. A la télévision, elle double Kate Jackson dans deux séries à succès, Drôles de dames (aux côtés de Philippe Dumat et d'Evelyn Selena et Béatrice Delfe, deux autres "grandes dames" du doublage) et Les deux font la paire et double des "guests" dans toutes les séries à succès de l'époque.

Perrette Pradier double dans des dessins animés toute une galerie de personnages particulièrement extravagants : reines pompeuses ou dames patronnesses (la reine des souris dans Basil détective privé, Gussie Sourisfeller dans Fievel et le Nouveau Monde), méchantes hystériques (Medusa dans Les Aventures de Bernard et Bianca), vieilles sorcières gâteuses (Taram et le chaudron magique, Hercule). Dans ces personnages délirants Perrette Pradier s'épanouit pleinement, l'enregistrement est un spectacle à lui tout seul car elle reproduit la gestuelle et les grimaces des personnages. "Je crois que la belle fille très précieuse ce n'est pas trop pour moi, je pense qu'il faut y aller à la générosité" témoignait-elle pour le bonus DVD de Bernard et Bianca. En 2002, dans la continuité de ces "voix de sorcières", c'est elle qu'on choisit pour redoubler E.T dans le chef d'oeuvre de Spielberg. Il y a deux ans, Perrette Pradier participe avec Lucie Dolène et Jacques Ciron à l'enregistrement de voix de Citrouilles et vieilles dentelles, superbe court-métrage animé, primé dans plusieurs festivals, dont l'action se passe dans une maison de retraite pour personnages de contes de fées. Juliette Loubières, la réalisatrice, se souvient: "Quand je l'ai contactée par téléphone elle a été très directe: "Oui mon p'tit, et bien quoi ? Vous cherchez une voix de vieille folle dingue c'est ça ?" On devait lui demander l'exercice souvent..."
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En 1990, Perrette Pradier devient directrice artistique de doublage sur des séries (Les Craquantes), séries d'animation (Dilbert, Bob et Bobette) et téléfilms tout d'abord. Puis de beaux films d'animation comme Aladdin, Le Roi Lion, Hercule, Mulan... où elle n'oublie pas de se "caster" occasionnellement sur des petits rôles. En directrice artistique, par son métier et un caractère parfois rude sans être méchant, elle impressionne beaucoup les nouvelles générations. La comédienne Marie-Frédérique Habert qui a travaillé avec Perrette sur les séries The Big C et Alerte à Hawaii en témoigne: "J'ai eu un trac fou la première fois que j'ai travaillé avec elle mais elle m'a fait rire pour me détendre un peu. Elle dirigeait vraiment bien, et j'avais plus l'impression de faire du théâtre que du doublage, car elle travaillait comme au théâtre, avec les intentions et les ruptures. Elle était une vraie comédienne, et quand nous lui avons proposé de jouer dans une pièce elle a dit oui tout de suite." Dans un reportage de Télérama réalisé en 2002 à Dubbing Brothers, la journaliste raconte ces "moments de travail" et semble fascinée par "P.P" dont elle relate les indications gouailleuses. En une rencontre, le doublage a certainement gagné une "partisane" pourtant issue du plus "anti-doublage" des magazines de télévision.
E. Constantine et P. Pradier, Des frissons partout
Perrette Pradier était donc un véritable "phare" dans le métier, et pas seulement pour les comédiens. "Comme à beaucoup de gens du métier, elle m'a tout appris" se souvient Laurence Fattelay. "Quand j'étais chargée de prod, je l'ai regardée diriger pendant des heures. Je l'ai entendue dire un millier de fois "la synchro, là, on s'en fout. Regarde ce que ton comédien a dans l'oeil, et joue-le comme lui, et tu verras, ça rentrera". Et ça rentrait. Alors que toutes les lois de la détection et de la rythmo disaient que c'était impossible, ça rentrait. Parce que, "quand quelqu'un te parle, tu regardes ses yeux, pas sa bouche". Règle élémentaire qui me sert tous les jours quand j'écris. Et quand je suis passée à l'adaptation (elle a elle-même fait de l'adapt pendant une dizaine d'année, formée par Jacqueline Cohen), elle est venue exprès vérifier avec moi mon tout premier épisode. Un épisode de "Days of our lives". Autant dire qu'elle ne l'a pas fait par plaisir...  Malgré la pénibilité de l'exercice, elle n'a rien lâché et on y a passé la journée. Les corrections, les conseils, les astuces, les règles... tout ce qu'elle m'a appris ce jour-là me sert encore au quotidien, six ans plus tard."

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 "Un gars comme toi" du film Le Bossu de Notre-Dame (1996) interprétée par Michel Mella (La Rocaille), Perrette Pradier (La Volière) et Bernard Alane (La Muraille)


Ces dernières années, Perrette Pradier dirigeait les doublages de deux excellentes séries, The Tudors et Ugly Betty. Elle nous a quittés beaucoup trop tôt.

(Remerciements à Roger Carel, Laurence Fattelay, Marie-Frédérique Habert et Juliette Loubières. Voxographie sélective et vérifiée de Pascal Laffitte sur La Gazette du Doublage)


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